Publié par le 22 mars 2011 dans Maladies, Santé physique, Santé publique

Grippe saisonnière: tout le monde à la vaccination?

Difficile de s'y retrouver!

Grippe saisonnière: tout le monde à la vaccination?

Malgré le fait qu’il n’y a pas de pandémie grippale, il faudrait apparemment que toutes et tous passent à la vaccination selon l’Association pulmonaire du Québec, alors que cette dernière « invite le public à mettre à leur agenda la prochaine tournée d’immunisation contre l’influenza ».

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Selon l’Association pulmonaire du Québec1, il faudrait d’ores et déjà mettre à notre agenda la vaccination contre la grippe de l’automne prochain. C’est assez étonnant. Ça ne devrait pas plutôt être du ressort des ministères de la santé aux niveaux provincial et fédéral de faire ce genre de campagne? S’il fallait que chacune des associations médicales se mettent à pousser les gens à la vaccination, on n’en finirait plus.

Dans un communiqué de presse de l’Association pulmonaire du Québec,2, le Dr Gaston Ostiguy, pneumologue à l’Institut thoracique de Montréal et vice-président de l’Association pulmonaire du Québec, encourage le public à se faire vacciner.

La vaccination peut prévenir jusqu’à 75 % des cas d’influenza. Elle est surtout recommandée chez les personnes atteintes d’une maladie chronique, comme le diabète ou une maladie des voies respiratoires, car la grippe peut avoir des conséquences encore plus sévères chez elles. Il n’y aura pas d’excuses à ne pas se faire vacciner la saison prochaine. Pensez aussi à ceux que vous pourriez infecter. Il y a maintenant possibilité d’administrer le vaccin avec une aiguille plus courte et plus fine de façon à minimiser les craintes reliées à l’injection.

Posons nous cette question: pourquoi vacciner tout le monde alors que les personnes à risque se font déjà vacciner? Voyez-vous, même s’il n’y a pas de pandémie ou d’épidémie, on tente de vous pousser à aller vous faire immuniser. On a l’impression de nous faire de la publicité pour un produit de consommation. Pourtant, même lors de la « quasi-pandémie » de 2009 pour le virus grippal A H1N1, la plupart des citoyens des pays européens n’ont pas entendu l’appel à la vaccination massive, et on n’a pas vu un taux de mortalité plus élevé qu’à l’habitude. Bref, c’était très loin de la catastrophe qui avait été annoncée. Alors, pourquoi maintenant, pour la grippe saisonnière, ce déploiement médiatique?

Le Dr. Juan Gérvas, médecin généraliste et professeur honoraire de Santé Publique en Espagne,  et Jim Wright3 , professeur dans un département d’Anesthésiologie, de Pharmacologie & de Thérapeutiques au Canada, disent que l’immunité

contre la grippe virale a cette particularité très intéressante, connue comme le « pêché antigénique originel ». Ce concept signifie que le premier virus de grippe auquel nous sommes exposés produit la réponse immunitaire la plus forte et que cette immunité dure plus de 50 ans. Cela explique le fait que les gens de plus de 50 ans semblent avoir une certaine immunité face au virus H1N1 parce qu’un virus semblable de la grippe A a circulé à l’échelle mondiale de 1918 à 1957. Il s’avère ainsi que l’infection naturelle crée une immunité pendant 50 ans pour un coût nul alors que les vaccins de la grippe exigent une (ou deux) injection(s) annuelle(s) pour arriver à un degré d’immunité moindre4 .

Effectivement, c’est très difficile de s’y retrouver. Qui dit vrai? Sur le site Internet de l’Agence de la santé publique du Canada, on trouve une liste dans laquelle on tente de faire le point entre la fiction et la réalité. Libre à vous de vous y référer.

On y lit que « aucun vaccin n’est efficace à 100 %. Comme chaque personne est différente, de 10 à 15 % des personnes vaccinées ne deviendront pas immunisées contre la maladie. » Étrangement, pour l’Association pulmonaire du Québec, « la vaccination peut prévenir jusqu’à 75 % des cas d’influenza », c’est-à-dire que 25% des personnes vaccinées peuvent quand même tomber malade de la grippe. Sur le site de de Santé et services sociaux du Québec, on lit « comme n’importe quel autre vaccin, le vaccin contre la grippe ne protège pas à 100 %. Lorsqu’on a bien évalué les souches en circulation, le vaccin prévient la grippe chez environ 70 à 90 % des enfants et des adultes en bonne santé.5 « . Pour rassurer la population, il faudrait déjà que les professionnels de la santé s’entendent sur les pourcentages et les statistiques. Serait-ce trop demandé d’avoir des chiffres pareils de la part de Santé et services sociaux du Québec, l’Agence de la santé publique  du Canada et de l’Association pulmonaire du Québec?

Le site Internet l’Agence de la santé publique du Canada ne permet pas de répondre aux questions concernant l’immunité naturelle, celle que notre système immunitaire crée en combattant les virus. C’est en évitant de parler de cela que les autorités entretiennent le doute dans la population. Ne serait-il pas préférable de laisser la population se créer une immunité naturelle pour les virus grippaux? Impossible de trouver de réelles études sur le sujet. De plus, en demandant à tout le monde de se faire vacciner et en disant de la vaccination que, comme le fait l’Association pulmonaire du Québec, « elle est surtout recommandée chez les personnes atteintes d’une maladie chronique, comme le diabète ou une maladie des voies respiratoires », on a l’impression de recevoir un message portant à confusion, car tout suite après on dit « pensez aussi à ceux que vous pourriez infecter », pour nous convaincre toutes et tous de se faire vacciner. Vraiment? Les gens qui ont vraiment peur de la grippe, ainsi que les groupes à risque, qu’ils se fassent vacciner. En même temps, le communiqué de l’Association pulmonaire du Québec tend justement à faire peur à la population pour la pousser à aller se faire vacciner, alors que la vaccination pour la grippe saisonnière vise une clientèle spécifique.

Sur le site Santé et services sociaux du Québec, dans la section « Qui devrait recevoir le vaccin contre la grippe saisonnière?, on y lit clairement que

Le vaccin antigrippal est conseillé à toute personne qui veut réduire son risque d’attraper la grippe. Il est fortement recommandé aux personnes qui, en raison de leur âge ou de leur état de santé, courent un risque plus élevé de complications : les enfants de 6 à 23 mois; les personnes ayant certaines maladies chroniques comme une maladie du coeur, des poumons ou des reins, le diabète, une obésité importante, le cancer, l’asthme ou ayant une système immunitaire affaibli (s’applique aussi aux femmes enceintes peu importe le stade de grossesse); les femmes enceintes en bonne santé qui sont à leur 2e ou 3e trimestre de grossesse les personnes âgées de 60 ans et plus;

Le vaccin est offert gratuitement à ces personnes.

Il serait important d’envoyer un message clair à la population.  Les gens cherchent des réponses, alors ça suffit les messages confus. Avant de demander à la population, comme le fait l’Association pulmonaire du Québec, de mettre la vaccination à son agenda, il y a encore des clarifications à faire. Pour le moment, la liste est précise quant à qui devrait recevoir le vaccin pour la grippe saisonnière, c’est écrit noir sur blanc.  S’il est si important de se faire vacciner pour protéger les autres, alors pourquoi le vaccin n’est-il pas offert gratuitement à tout le monde? Le jour où le vaccin sera gratuit pour tous, déjà, on n’enverra plus un message contradictoire à la population.

Notes et références

  1. Communiqué de l’Association pulmonaire du Québec []
  2. Communiqué de presse []
  3. To be jabbed or not? []
  4. Grippe A, une immunité naturelle plutôt qu’artificielle []
  5. Santé et services sociaux du Québec []

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